Ce mercredi 28 janvier 2026, le tribunal de La Haye a condamné les Pays-Bas pour ne pas avoir suffisamment protégé l’île caribéenne de Bonaire face aux effets du changement climatique. Cette action en justice contre l’État néerlandais avait été initiée par huit habitants de l’île, avec le soutien de l’association Greenpeace Nederland afin d’exiger du gouvernement des mesures concrètes pour les protéger contre les conséquences du changement climatiques et notamment la hausse des températures et la montée des eaux.

 Le tribunal a donc estimé que les habitants de Bonaire étaient traités différemment des citoyens hollandais vivant en Europe et ne bénéficiaient pas du même niveau de protection climatique. La Cour a ordonné au gouvernement néerlandais de fixer, dans un délai de 18 mois, des objectifs contraignants, inscrits dans la loi, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre conformément à l’accord de Paris sur le climat.

Un précédent juridique ?

Avec cette décision, un signal fort est envoyé aux États dont la politique climatique ne serait pas conforme au droit international. Le 23 juillet 2025, la cour internationale de justice, dans un avis consultatif sur les “obligations des états en matière de changement climatique ”qualifié d’historique, avait jugé qu’une violation de l’une de ces obligations constitue un fait internationalement illicite engageant la responsabilité de l’État.

 L’affaire Bonaire pourrait donc créer un précédent et ouvrir la voie à des recours similaires dans d’autres territoires.

Un traitement inégal dans les territoires ultramarins européens

Au-delà de la portée environnementale, cette décision met en lumière une réalité post-coloniale persistante : celle de territoires ultramarins juridiquement intégrés aux anciennes métropoles mais politiquement relégués.

Dans la Caraïbe, les risques liés changement global sont bien identifiés, mais les réponses pensées depuis l’Europe, ne sont pas toujours en adéquation avec le contexte local.

Cette affaire pourrait faire jurisprudence, non seulement pour d’autres îles du royaume néerlandais comme Aruba, mais aussi pour l’ensemble des territoires ultramarins européens.

Le climat agit désormais comme un révélateur brutal. Il expose les fractures héritées de l’histoire coloniale, et place les anciennes puissances face à leurs responsabilités contemporaines.

En mars 2022, lors de la conférence internationale sur le climat intitulée “Urgence planétaire- Pourquoi la lutte contre le changement climatique impose de changer de système” organisée au Danemark, Paul Lippert Figueroa, alors chef du Parti de l’indépendance de Porto Rico (PIP), évoquait le rôle d’une forme d’impérialisme colonial moderne dans la crise climatique. Le leader indépendantiste précisant que sa dépendance économique aux Etats-Unis, faisait de ce territoire une zone vulnérable aux effets du changement climatique et dont les ressources naturelles ne pouvaient être protégées.

Les territoires ultramarins n’étant pas des nations souveraines, n’ont pas accès aux Nations Unis. “Nous sommes donc tenus totalement à l’écart de la politique internationale sans aucune possibilité de contribuer aux décisions mondiales sur la politique du climat” avait déclaré Paul Lippert Figueroa.

A l’instar de la mobilisation des étudiants du Vanuatu qui a conduit à l’avis de la cour internationale de justice, des organisations œuvrent pour faire entendre la voix de ces petits territoires sur la scène internationale.

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