La guerre au Moyen-Orient, et notamment les tensions autour de l’Iran, se déroule à des milliers de kilomètres. Pourtant, les répercussions de ce conflit se font déjà sentir en Amérique latine et dans la Caraïbe à travers un levier central : l’énergie.

Ces constats ont été au cœur d’un webinaire organisé ce mercredi 25 mars 2026, par l’Institut ClimaInfo,organisation à but non lucratif basé au Brésil, et l’association Periodista por el Planeta qui a réuni plusieurs experts pour analyser les impacts de cette crise sur la région.

Un conflit global aux répercussions locales

Car derrière ce conflit, c’est un basculement plus large qui se dessine. « Ce à quoi nous assistons n’est pas une crise isolée, mais une reconfiguration de l’ordre mondial où l’énergie cesse d’être un enjeu économique pour devenir une question de sécurité stratégique », analyse Aleida Azamar, chercheuse à l’Université autonome métropolitaine du Mexique. Dans ce nouvel équilibre, l’Amérique latine revient au cœur des enjeux globaux, « davantage comme territoire en tension que comme acteur doté d’un réel pouvoir de décision ».

Depuis le début de la guerre américano-israélienne en Iran, les marchés s’emballent. Le blocage de la zone stratégique du détroit d’Ormuz a entrainé une volatilité des prix du pétrole et du gaz.

Premières victimes de cette instabilité, les économies encore largement dépendantes des importations énergétiques chez qui cette crise entraine une hausse du coût de l’électricité, du transport’ inflation et une pression sur le pouvoir d’achat.

Des territoires vulnérables

Mais ce conflit agit aussi comme un révélateur. « L’Amérique latine peut sembler riche en ressources, mais elle manque d’autonomie : elle dépend des importations, des technologies et des chaînes de valeur externes », souligne Aleida Azamar. Résultat : chaque choc international se traduit directement dans les économies locales.

Dans la Caraïbe, cette vulnérabilité est encore plus marquée. A la dépendance énergétique s’ajoutent des contraintes géopolitiques fortes.

 Le Venezuela, longtemps pilier de l’approvisionnement régional, est désormais fragilisé politiquement, ce qui limite sa capacité à soutenir ses voisins comme il le faisait autrefois.

La crise humanitaire qui touche actuellement Cuba illustre de façon dramatique ces pressions géopolitiques. Dans le pays déjà asphyxié par l’embargo américain en vigueur depuis 1962 et dépendant du pétrole vénézuélien, les tensions internationales et notamment le blocus pétrolier instauré par les Etats-Unis en janvier dernier, aggravent des pénuries déjà structurelles.

Les petits États insulaires sont eux aussi en première ligne. Dépendants des importations, des aides internationales et d’infrastructures limitées, ils subissent de plein fouet les fluctuations des marchés mondiaux.

La région reste un espace stratégique pour les grandes puissances. Les États-Unis y maintiennent une influence majeure, notamment à travers des territoires comme Porto Rico, tandis que les territoires ultrapériphériques européens, comme la Guadeloupe et la Martinique, évoluent dans une dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur.

Face à ces tensions, les réponses restent souvent dictées par l’urgence. Pour palier la crise, un convoi d’aide internationale formé d’une centaine de militants venus d’Amérique Latine, Amérique du Nord et d’Europe, est ainsi arrivé à Cuba la semaine dernière pour livrer au gouvernement, médicaments et matériel médical.

Une transition énergétique freinée

Mais en toile de fond, une autre crise est reléguée au second plan, celle du climat.  « Dans une crise comme celle-ci, la priorité est de garantir l’approvisionnement énergétique, et non la transition », rappelle Hélder Queiroz, de l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Un choix qui pose un dilemme : sécuriser l’énergie à court terme peut renforcer la dépendance aux énergies fossiles à long terme.

Leonardo Stanley, chercheur au CEDES à Buenos Aires observe quant à lui «un fossé grandissant entre le discours sur la sécurité énergétique toujours centré sur le pétrole et le gaz, et la réalité économique». Selon lui, les grandes économies et les marchés financiers s’orientent déjà vers les énergies propres, jugées plus stables et moins exposées aux risques géopolitiques.

Dans ce contexte, la région se trouve à un carrefour. Continuer à investir dans le pétrole et le gaz pourrait représenter un pari risqué. « Cela signifie consacrer des ressources à des actifs susceptibles de perdre rapidement de la valeur », prévient Leonardo Stanley, au risque de manquer les opportunités liées à la transition énergétique.

Car dans la zone Caraïbe et Amérique Latine, les crises globales se traduisent immédiatement dans le quotidien des populations.

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