Donald Trump aime les images qui font parler et celle publiée lundi 7 septembre sur son compte Truth Social ne devrait pas déroger à la règle.
Sur cette carte, les frontières des Etats-Unis dépassent largement leurs limites habituelles. Le drapeau étoilé recouvre ainsi le Canada, le Mexique, le Groenland, l’Islande, mais aussi une partie de l’Amérique centrale et de la Caraïbe. Au milieu de cet immense territoire, seuls trois mots sont inscrits :
« United States of America ».
Un hémisphère occidental
Le président américain n’a accompagné sa publication d’aucune explication.
Mais difficile de considérer cette carte comme totalement anodine. L’actuel résident de la Maison Blanche a multiplié les discours au sujet d’une annexion du Canada. Donald Trump défend également depuis plusieurs années l’idée d’un contrôle des États-Unis sur le Groenland, territoire autonome du Royaume du Danemark.
Représentée aux couleurs américaines, l’Islande n’a pas apprécié la publication et convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis jugeant la carte partagée par Donald Trump, “totalement inappropriée”.
Le Mexique a répondu presque immédiatement. La présidente Claudia Sheinbaum a affirmé que son pays « n’est ni ne sera une colonie ou un protectorat d’aucun pays étranger » et a réaffirmé son caractère « libre, indépendant et souverain ».
Dans cette version de l’Amérique vue par Trump, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont elles aussi englobées sous la bannière étasunienne.
Invitée de Face aux Outre-mer, le 8 septembre, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a réaffirmé la souveraineté française face à cette carte qui place notamment la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy sous les couleurs américaines. À Saint-Barthélemy, le président de la Collectivité Xavier Lédée a lui aussi réagi. Il a rappelé l’histoire française de Saint-Barthélemy et affirmé que l’île continuerait à développer ses relations avec ses voisins américains « en toute indépendance », en insistant sur sa souveraineté.
Toutefois, à ce jour, ni la France, au delà de la réaction de la ministre des Outre-mers, ni les Pays-Bas, n’ont formulé de protestation diplomatique officielle contre cette carte sur laquelle plusieurs de leurs territoires caribéens apparaissent sous les couleurs américaines.
La Caraïbe au coeur des intérêts américains
Washington regarde de nouveau avec insistance vers son voisinage caribéen. Routes maritimes, migrations, narcotrafic, ressources stratégiques, volonté de limiter l’influence chinoise et russe : la Caraïbe occupe une place importante dans la nouvelle stratégie américaine pour l’hémisphère occidental.
A Cuba, en proie à une grave crise sanitaire, énergétique et économique depuis la mise en place d’un blocus pétrolier depuis janvier par les Etats-Unis, le président Miguel Diaz-Canel a réagi : « Le sang qu’ont coûté (à Cuba) son indépendance, sa souveraineté et son autodétermination ne le sera pas en vain, et nous les défendrons jusqu’aux dernières conséquences « .
Le gouvernement cubain estime les pertes liées à l’embargo américain à 8 milliards de dollars entre mars 2025 et février 2026. Un chiffre « record » qui « n’inclut pas les dommages provoqués par le siège énergétique, ni ceux provoqués par les sanctions secondaires« , a indiqué le ministre des affaires étrangères Cubain, Bruno Rodriguez lors d’une conférence de lundi 7 septembre 2026 à La Havane.
Du côté de la CARICOM, le silence domine : aucune réaction officielle à la carte de Trump n’a été publiée à ce jour. De nombreux États caribéens entretiennent des liens financiers étroits avec les Etats-Unis et dépendent fortement du marché américain, des investissements, du tourisme, des transferts de leur diaspora ou encore de programmes d’aide et de coopération étasuniens. Dans ce contexte, une confrontation diplomatique avec Washington peut s’avérer délicate pour les petites économies de la région.
Alors, simple provocation numérique ? Avec Donald Trump, les cartes imaginaires peuvent précéder les vraies discussions diplomatiques.
Depuis la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Bonaire, Aruba, Curaçao, territoires européens situés à quelques milliers de kilomètres de Bruxelles, mais à seulement quelques centaines de kilomètres des zones d’influence directe des États-Unis, les déclarations de Trump seront scrutées à la loupe.




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